INTERDICTION DU VOILE INTÉGRAL EN SUISSE

1. Quelle est votre relation avec la Suisse ? Quelle image en avez-vous ?

Ma relation avec la Suisse est d’abord et avant tout une passion philosophique et spirituelle. Pendant mes études d’histoire de la philosophie à la Sorbonne, j’ai été bercé par la sagesse du genevois Jean-Jacques Rousseau et l’esprit de réforme et de liberté théologique de Calvin qui a pu trouver refuge d’abord à Bâle puis à Genève où il accueillit notamment les exilés protestants anglais persécutés par la reine Marie 1er en 1555. Je n’oublie pas non plus que c’est à la frontière suisse à Ferney au pays de Gex que Voltaire, l’apôtre de la tolérance religieuse au profit des protestants, a passé les 20 dernières années de sa vie loin des puissants et de la vie mondaine.

Par ailleurs, je suis admiratif du parcours intellectuel du Professeur suisse Tariq Ramadan qui, selon moi, doit jouer à l’avenir un rôle important pour favoriser le vivre-ensemble entre les communautés chrétiennes et musulmanes en Europe en général et en Suisse en particulier. J’espère seulement qu’il ne connaitra pas le même destin tragique du protestant d’origine juive Michel Servet qui a connu les affres du bûcher sur ordre du Grand Conseil de la République de Genève un certain 27 octobre 1553.


2. Que pensez-vous du résultat du vote ? Comment le monde arabe réagit-il?

En ma qualité de militant algérien des droits de l’Homme, je ne peux que respecter le vote souverain du peuple suisse, quand bien même ce vote contre le port du niqab n’a recueilli qu’une faible majorité des électeurs, soit 51,21%. Ce qui indique que 48,79% des électeurs suisses ont voté contre, ce qui n’est pas négligeable.

Le monde arabe et musulman s’est contenté de rendre compte de la décision du peuple suisse à travers les différents médias publics et privés. Il n’a pas non plus à interférer ni à s’ingérer dans les affaires suisses.


3. Le Conseil central islamique Suisse (CCIS) perçoit des fonds pour payer les amendes. Seriez-vous prêt à payer les amendes des femmes qui ont été condamnées, comme vous l’avez déjà fait dans le canton du Tessin ?

Le CCIS, en sa qualité d’organisation suisse, est indépendant et libre de ses choix. Je n’ai pas à me prononcer sur ses activités ou sur ses décisions car je ne fais pas partie de son conseil d’administration.

En ce qui me concerne, je maintiens mon engagement à défendre la liberté religieuse et la liberté vestimentaire aussi bien pour celles qui souhaitent porter librement le Niqab en Europe dans 8 pays (France, Belgique, Pays-Bas, Autriche, Allemagne, Danemark, Bulgarie, et Suisse) que pour celles qui ne veulent pas porter le voile dans le monde musulman au Soudan et en Iran par exemple. 

Ainsi, je continuerai à payer les amendes dans les 26 cantons suisses, comme c’est déjà le cas au Tessin et à Saint Gall. C’est une question de principe que j’ai largement développée dans mon ouvrage paru en 2018 « Le Voltaire du Niqab »


4. Les opposants affirment que le peuple suisse ne veut pas que les mécènes paient les amendes. Ont-ils raison ?

D’un point de vue nationaliste, les opposants suisses ont raison car il n’est jamais agréable de voir des étrangers s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays quel qu’il soit. 

C’est d’ailleurs le même sentiment de rejet qui prévaut dans mon pays l’Algérie lorsque l’ONU se permet de critiquer la politique du gouvernement algérien quand il jette en prison des détenus d’opinion et des opposants politiques, comme ce fut mon cas pendant 443 jours jusqu’au 19 février 2021.

En revanche, d’un point de vue éthique, je crois qu’ils ont tort car dans toute démocratie digne de ce nom, comme c’est le cas pour la Suisse, la liberté religieuse est garantie par la Constitution et par la déclaration universelle des droits de l’Homme, signée le 10 décembre 1948, dans son article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ».

C’est donc en vertu de cet article 18 que depuis 2010 je m’autorise à payer ces amendes que les Etats européens et musulmans dressent à l’encontre des femmes qui sont en contravention avec leurs lois nationales. Je tiens à préciser aux électeurs suisses que le paiement des amendes, issu d’un fonds personnel de « défense de la Liberté » d’un million d’euros, s’inscrit dans le respect absolu des lois votées de façon souveraine par ces Etats qui prévoient dans les décrets d’application que le paiement des amendes annule de facto l’infraction à la Loi.

Ainsi, ma démarche est absolument légale. Elle ne constitue en aucun cas une provocation, un manque de respect ou une atteinte à l’unité ou à la sécurité nationale des pays concernés.


5. L’interdiction de la burqa pourrait encore être soumise à la Cour européenne des droits de l’homme. Pourquoi devrait-elle juger différemment à l’avenir qu’elle l’a fait dans le passé ?

Toute Loi votée par un Etat européen est susceptible d’être contestée par la Cour européenne des droits de l’homme. Jusqu’à maintenant, cette juridiction à validé les lois anti-niqab en France en 2014 et en Belgique en 2017 car les juges ont considéré à juste titre que la peine encourue, soit une amende forfaitaire pouvant aller jusqu’à 181€ (200 francs suisses), était « proportionnée au délit » du port du voile intégral.

Dans le cas de la loi anti-niqab votée en Suisse, c’est différent. Au Tessin par exemple, les peines peuvent aller jusqu’à 10 000 francs suisses (9200€) en cas de récidive. A l’époque en 2016, les législateurs du canton du Tessin ont fait preuve d’un excès de zèle irresponsable et enfantin  afin disaient-ils de « me dissuader » de payer personnellement les amendes. C’était peine perdue car je me suis déplacé le jour même de l’application de cette loi liberticide le 1er juillet 2016 à Locarno puis ensuite à Lugano.

Si le décret d’application consécutif au vote de l’interdiction du niqab sur l’ensemble du territoire suisse reprend celui du Tessin, la Cour européenne des droits de l’homme, siégeant à Strasbourg, invalidera très certainement la Loi suisse au motif que les peines prévues par cette Loi sont disproportionnées au regard du délit constaté. Ce serait dommage pour la Suisse que de voir le vote souverain de son peuple être retoqué pour ce motif indigne d’un esprit responsable, tolérant et démocratique.


6. La burqa est un symbole de l’islam radical, selon l’argument principal des opposants de l’interdiction. Quel est donc l’argument contre l’interdiction du voile ?

Il est important de faire la distinction sémantique entre les mots « burqa » et « niqab ». La burqa est un voile grillagé que les femmes afghanes sont obligées de porter contre leur volonté sous l’emprise des Talibans, adeptes d’un Islam obscurantiste et rétrograde.

En revanche, le Niqab est un voile léger que certaines femmes (une trentaine en Suisse) ont décidé de porter librement, sans que qui que ce soit ne les ait contraintes de le porter. Il est évident qu’en ma qualité de militant des droits de l’homme et de la femme, je ne paierai jamais une amende liée au port de la « burqa », symbole de l’avilissement et de la soumission de la femme.

A cet égard, je tiens à ajouter que je suis à titre personnel farouchement opposé au port du niqab qui touche en Europe essentiellement des femmes converties d’origines européennes (66%). Car c’est incontestablement un frein à une intégration sociale réussie. D’ailleurs, ma femme Cécile Le Roux qui est une américaine diplômée en littérature de l’université de Stanford en Californie, ne porte ni le voile, ni le niqab, ni le burkini.Au demeurant, je crois que derrière la question lancinante de l’interdiction du voile intégral en Europe se cache une peur profonde de l’image médiatique d’un l’islam violent véhiculé par des groupes minoritaires comme Al Qaïda au Pakistan, Daesh en Syrie, Aqmi au Sahel ou Boko Haram au Nigéria qui dénature profondément le message de paix de l’Islam et contribue à fragiliser le vivre-ensemble entre les communautés chrétiennes, juives et musulmanes en Europe, et de façon plus générale en Occident. En ma qualité de citoyen algérien musulman, qui est né et qui a vécu 40 ans en Europe, je condamne avec la plus grand rigueur les agissements barbares de ces groupes terroristes intégristes qui représentent 0.01% des 1 milliard 700 millions de musulmans vivant pacifiquement sur cette planète.

Articles dans la presse internationale suite à l’interdiction du port du voile intégral en Suisse

Albanie:

Italie:

Indonésie :

Russie :

Allemagne :

https://www.trtdeutsch.com/news-europa/schweizer-verhullungsverbot-millionar-will-strafen-der-musliminnen-zahlen-4745924

Anglais :

https://sputniknews.com/europe/202103121082322022-algerian-zorro-of-the-niqab-is-back-vows-to-pay-fines-for-swiss-women-amid-new-muslim-veil-ban-/

France :


https://www.valeursactuelles.com/societe/interdiction-du-voile-integral-en-suisse-le-millionnaire-algerien-rachid-nekkaz-va-payer-les-amendes-des-femmes-verbalisees-129414


Roumanie :

https://www.libertatea.ro/stiri/un-miliardar-franco-algerian-anunta-ca-plateste-toate-amenzile-din-europa-pentru-purtarea-valului-islamic-apar-libertatea-religioasa-3445802

Suisse:

https://www.20min.ch/story/millionaer-bezahlt-in-allen-kantonen-die-nikab-bussen-165289605890

https://www.blick.ch/politik/rachid-nekkaz-blechte-schon-in-st-gallen-und-im-tessin-millionaer-zahlt-alle-schweizer-nikab-bussen-id16393532.html


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