Voix du Nord – 11 octobre 2013

Rachid Nekkaz à Lille lundi pour contester des amendes antiniqab… en les payant
Nekkaz et Hind devant l'Elysee

Et si le chéquier était le meilleur des boucliers ? À la fois riche businessman et militant inclassable, Rachid Nekkaz le clame. Ce golden boy de l’ère internet érige même sa fortune en rempart contre la loi réprimant le port du voile intégral. Rachid Nekkaz tend d’ailleurs des cartes de visite de globe-trotter. Cette loi, il la combat en France, en Belgique et maintenant en Suisse. Le dandy de 41 ans sera à Lille lundi. But : régler l’amende pour port de niqab d’une jeune Roubaisienne convertie. Particularité : Claire cumule plus de dix contraventions en six mois. Un investissement à long terme ?

L’homme ne partagera peut-être pas la comparaison, mais tant pis. Les Don Quichotte sans parti politique derrière eux, mais avec une cassette bien remplie, sont une catégorie assez rare en France. Après avoir dû renoncer à l’élection présidentielle de 2007, Rachid Nekkaz secoue la porte du Parti socialiste, notamment en tentant d’être candidat à la primaire citoyenne de 2011. En 2012, il est interpellé pour soupçon d’achat de parrainage d’un maire en vue de l’élection présidentielle. «J’ai voulu dénoncer l’hypocrisie de ce système », explique aujourd’hui le millionnaire.

Nekkaz s’est définitivement replié sur son association, Touche pas à ma constitution. Et celle-ci lui donne visiblement beaucoup de travail. « Je rentre du Soudan, narre le businessman. À Khartoum, j’ai soutenu Amira, une jeune femme qui refusait de porter le voile et risquait la flagellation. Devant le ministère public, je l’ai défendue en demandant à ce que la sanction soit une amende, pas un châtiment physique. Le procès a été reporté. » Et militer directement contre la loi soudanaise ? « Je défends la liberté de porter ou de ne pas porter le voile », complète Nekkaz, qui a provisionné un million d’euros pour agir en faveur des femmes en voile intégral. D’abord en France, puis en Belgique et en Suisse.

La loi « antiniqab » déborde des frontières hexagonales ? Nekkaz la marque à la culotte. « À titre personnel, je suis opposé au voile intégral, rappelle l’homme d’affaires. Je comprends même son interdiction dans des espaces fermés. Mais pas dans la rue tout de même ! C’est d’ailleurs la position du Conseil d’État. » L’homme, qui se compare volontiers à Voltaire, a donc enfourché son cheval de bataille. Son arme : le chéquier. Et il commence à cumuler les zéros. En kilomètres et en euros. Lundi, à la trésorerie de Lille, Nekkaz réglera sa 691e contravention. Soit une dépense cumulée de 126 400 €, frais d’avocat compris.

Plusieurs fers au feu

« C’est ma façon de neutraliser ce texte », décrypte un homme disposant de plusieurs fers au feu. La loi « antiniqab » est appliquée depuis octobre 2011. Le 27 novembre, la Cour européenne des droits de l’homme rendra une décision concernant le cas d’une jeune Française ayant épuisé tous les recours légaux en France. Question cruciale : ce texte est il conforme à la Convention européenne des droits de l’homme ? Nekkaz sera assidu à l’audience.

« J’ai contacté Rachid Nekkaz par internet, explique Claire, 25 ans. J’avais appris qu’il aidait les jeunes femmes en voile intégral. » Lundi, cette Roubaisienne sera aux côtés du dandy parisien. Ou peut-être l’inverse. Interpellée intégralement voilée à la gare Lille-Flandres, la Nordiste devra s’acquitter de 172 €. Nekkaz s’en chargera. Restent les motivations de cette jeune maman, pour l’heure seule avec sa fillette. Intégralement voilée depuis six mois, Claire collectionne les contraventions. Elle vient de passer le cap de la dizaine. « Un jour, j’en ai même reçu deux en deux heures ! », soupire la jeune femme.

En même temps, le mot acharnement ne franchit jamais les lèvres de Claire. Et encore mois celui de militantisme. Convertie depuis deux ans, « intéressée par l’islam » depuis bien plus longtemps, elle espère uniquement « trouver un compromis avec la loi ». Sans trop savoir lequel.
« Nous sommes dans un pays de liberté, insiste Claire. Je veux juste que l’on me laisse porter mon voile intégral. Je connais sa valeur. Je sais ce qu’il m’apporte. » Notamment une « protection contre le regard porté par les hommes ».

Pour la Roubaisienne, née dans le centre de Lille, abandonner ce vêtement serait « aussi inconcevable que de me voir demander de manger du porc ». En attendant, cette maman rapporte une escalade dont elle subit seule toutes les conséquences. « Je suis généralement contrôlée à Roubaix, décrit Claire. Le plus souvent en rentrant ou en sortant de chez moi. En général dans la même rue. » La femme en niqab réside à proximité du commissariat central. « Les policiers me connaissent, reprend la convertie. Ils ne me demandent même plus de lever mon voile. Début septembre, j’ai été arrêtée deux fois. Les agents ne m’ont pas demandé ma carte d’identité, uniquement demandé mon nom. »

On ne le bâillonnera pas

Le ton est résigné. On a davantage affaire à une persévérante qu’à une irréductible. À une situation générale tenant presque de la routine. Manifestation : « Nous sommes dans un pays de liberté et nous ne pouvons pas nous habiller librement. » Sanction : l’application de la loi. Entre les deux, à un jet de TGV, Rachid Nekkaz… « Je ne cherche pas à plaire, martèle ce dernier. Je défends des principes. J’irai jusqu’au bout. » Une façon de montrer l’exemple ? Issu d’une famille immigrée algérienne, Nekkaz vient de renoncer à la nationalité française. « Le 23 octobre à 11 h 30, j’irai rendre mon passeport à la préfecture de Créteil », assène le millionnaire. Sa façon à lui de « répondre aux contrôles fiscaux et autres tentatives de pression ». Dans sa lutte pour les droits des femmes voilées, on ne le bâillonnera pas.


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